Interview Jimmy
À l’approche du concours d’Air Guitare qui se tiendra à Vic pendant la Pentecôte 2026, nous avons rencontré Jimmy, champion reconnu et figure emblématique de la discipline, pour évoquer sa préparation, son rapport à la scène et les enjeux personnels et collectifs de cette compétition. L’entretien qui suit restitue, dans un français soutenu, la parole d’un artiste qui fait de l’absence d’instrument une véritable langue scénique.
Vous voilà de retour à l’approche d’un concours majeur. Quel état d’esprit vous habite à quelques jours de Vic Pentecôte 2026 ?
Je me sens à la fois recueilli et en éveil. La proximité de la compétition aiguise les sens sans pour autant dissiper la sérénité que j’essaie de cultiver. Il y a, chez moi, une forme d’humilité : je sais que chaque représentation est unique et que l’on ne peut jamais reproduire à l’identique une émotion partagée. J’aborde donc ces jours comme une préparation intérieure autant que technique.
Comment organisez‑vous votre préparation quotidienne ?
Ma préparation se déploie selon trois axes complémentaires. D’abord, le travail corporel : étirements, renforcement postural et répétitions lentes des enchaînements pour que le geste devienne naturel. Ensuite, la dramaturgie : je retravaille la narration de chaque numéro, les silences, les ruptures, afin que chaque mouvement porte un sens. Enfin, la mise en scène : éclairages, costumes, et interactions imaginées avec le public. Je consacre des plages horaires fixes à chacun de ces aspects, sans négliger le repos, qui est essentiel pour préserver la fraîcheur expressive.
Le choix du répertoire est crucial en air guitare. Sur quels critères vous basez‑vous pour sélectionner vos morceaux ?
Je privilégie des pièces qui offrent une tension dramatique et des possibilités de jeu corporel. Le morceau doit posséder des moments d’intensité et des respirations, afin de permettre des variations de dynamique scénique. J’accorde aussi une importance particulière à la reconnaissance : un public qui reconnaît une mélodie entre plus aisément dans la connivence. Enfin, je cherche des contrastes, un passage lyrique suivi d’un éclat percussif, pour construire une dramaturgie qui surprend et émeut.
Quelles sont les difficultés spécifiques à maîtriser pour exceller en air guitare ?
La première difficulté est la crédibilité du geste : il faut convaincre sans son, faire entendre l’invisible. Cela exige une précision gestuelle et une économie du mouvement qui évitent l’excès. La seconde est la gestion du regard et de la présence : savoir capter l’attention sans la saturer. Enfin, il y a l’art de la transition, passer d’un état à un autre sans rupture maladroite, ce qui demande une grande finesse d’écriture scénique.
Travaillez‑vous avec des collaborateurs pour peaufiner votre numéro ?
Oui, je m’entoure de personnes de confiance : un metteur en scène qui m’aide à structurer la narration, un chorégraphe pour affiner les déplacements, et un technicien lumière qui conçoit des ambiances adaptées. Ces collaborations sont précieuses car elles offrent des regards extérieurs et permettent d’éviter l’enfermement dans des habitudes. J’apprécie particulièrement les retours qui me poussent à simplifier plutôt qu’à complexifier.
Quelle place accordez‑vous à l’improvisation lors d’une prestation compétitive ?
L’improvisation occupe une place mesurée. J’aime laisser une marge de liberté pour réagir à l’énergie du public ou à une impulsion du moment, mais cette liberté doit s’inscrire dans un cadre solide. Trop d’improvisation peut nuire à la cohérence, tandis qu’une absence totale de spontanéité risque d’ôter la vie au geste. L’idéal est un équilibre où l’imprévu devient un enrichissement contrôlé.
Comment vivez‑vous la pression liée au statut de champion ?
Le titre apporte une reconnaissance, mais aussi une responsabilité. Je ressens la pression comme une force motrice plutôt que comme une contrainte paralysante. Elle m’oblige à rester exigeant et à ne pas me reposer sur des acquis. Par ailleurs, je m’efforce de transformer l’attente en dialogue : je considère le public et les autres concurrents comme des partenaires de jeu, non comme des adversaires à abattre.
Avez‑vous des rituels avant de monter sur scène ?
Quelques rituels simples : une courte méditation pour centrer la respiration, un échauffement vocal même si je ne joue pas d’instrument, et une répétition mentale du fil narratif. J’évite les routines trop lourdes ; je préfère des gestes qui recentrent et libèrent l’énergie.
Quel message souhaitez‑vous transmettre au public de Vic et aux jeunes pratiquants ?
Au public, je souhaite offrir un moment de partage sincère, où le rire et l’émotion cohabitent. À ceux qui débutent, je dirais : cultivez la curiosité et la patience. L’Air Guitare est un art du détail ; la beauté naît souvent d’un petit geste juste. N’ayez pas peur de l’échec : il est le creuset de l’invention.
Pensez‑vous que l’Air Guitare puisse évoluer vers d’autres formes artistiques ?
Assurément. Déjà, l’Air Guitare dialogue avec la danse, le théâtre et la performance contemporaine. Je vois des perspectives d’hybridation : collaborations avec musiciens, créations scéniques intégrant vidéo et arts plastiques, ou projets pédagogiques. L’essentiel est de préserver l’authenticité du geste tout en explorant de nouveaux territoires.
Si vous deviez résumer en une phrase ce que représente pour vous ce concours à Vic Pentecôte 2026, que diriez‑vous ?
Ce concours est une fête du geste partagé, un lieu où l’absence d’instrument devient prétexte à une présence plus intense.
Merci Jimmy.


